L’espace, théâtre du rapport de force entre les grandes puissances

Updated: Oct 6, 2020

Un état est considéré une puissance spatiale lorsqu’il se montre capable de placer des satellites en orbite par ses propres moyens, et de mener à bien tout type d’activité spatiale en toute autonomie.


Comme le rappelle la Documentation Française, “Les débuts de la conquête spatiale furent largement marqués par les préoccupations stratégiques liées à la guerre froide. [...] De nos jours, la conquête et l’utilisation civile comme militaire de l’espace extra-atmosphérique restent plus que jamais un enjeu primordial des relations internationales”. Les rivalités entre les grandes puissances militaires mondiales, telles que les Etats-Unis, la Russie, ou encore l’Europe, semblent se renouveler sans cesse dans cette course à l’armement.


Lors des festivités de la fête nationale française 2019, la président Emmanuel Macron a officialisé la création d’un commandement militaire de l’espace, une annonce en filiation avec des prises de décision similaires de la part des gouvernements russes et américains, nous rappelant ainsi que l’espace est devenu un “véritable enjeu de sécurité nationale, par la conflictualité qu’il suscite” (Emmanuel Macron).



CHRONOLOGIE ET FAITS


Le 1er mars 2018, le président russe Vladimir Poutine a dévoilé six nouvelles armes stratégiques, parmi lesquelles, les missiles hypersoniques Kinjal et Avangard, qu’il qualifie alors de “pratiquement invincibles”, qui pourraient offrir au pays une avancée militaire et technologique considérable. Lors de son discours annuel au Parlement, le président russe reprochait aux Etats-Unis le déploiement de nouveaux systèmes d’armement en Europe, affirmant que “cela envenimera gravement la situation et créera de graves menaces pour la Russie”, rappelle RTL. “Je vais le dire clairement et ouvertement : la Russie sera contrainte de déployer des armements qui pourront être utilisés non seulement contre les territoires d’où peut provenir une menace directe, mais aussi contre les territoires où se trouvent les centres de décision d’usage de missiles nous menaçant” a-t-il poursuivi, faisant ainsi de ces missiles, dont la vitesse est supérieure à Mach 20, l’objet d’une mise en garde internationale . Selon La Tribune, “De telles armes grâce à leur vitesse supérieure à Mach 5, disqualifient les capacités actuelles d’interception des défenses adverses”, explicitant ainsi les réserves face à menace russe.


Depuis 2017, le président américain Donald Trump prépare la création de ce qu’il appelle la Space Force, souhaitant investir l’espace dans l’objectif de contrer les missiles ennemis. Comme le rappelle Nicolas Rauline, aux Echos, ‘Les Etats-Unis veulent rester les “meilleurs, dans tous les domaines” de la Défense. Donald Trump a envoyé un message clair à la Chine et à la Russie en présentant la nouvelle stratégie américaine en matière de missiles’. Le discours de Trump au Pentagone est pour ainsi dire une réponse implicite à l’arrivée des missiles hypersoniques russes. « Nous avons beaucoup d’armes nouvelles et offensives créées [...] et nous allons désormais commencer à les exploiter » furent les termes employés par le président américain.


En juin 2018 déjà, Donald Trump avait annoncé son intention de faire de cette Space Force une sixième force, “séparée mais égale” aux cinq autres (US Army, Us Air Force, US Navy, Marine Corps et Garde-côtes)”.


De la même manière que la Navy est comprise dans le corps des Marines, la « Space Force » devrait dans un premier temps prendre forme en tant que commandement militaire au sein de l’armée de l’air, avant de gagner en indépendance dans un avenir encore indéterminé.



Il semblerait donc que ce soit au tour de la France d’affirmer sa puissance spatiale au sein de cette rivalité internationale. En effet, au cours de son traditionnel discours aux armées lors des célébrations de la fête nationale française, le président Emmanuel Macron a annoncé la création officielle d’un Commandement de l’espace, accompagné d’un “renforcement de la surveillance exoatmosphérique”, un domaine que le Figaro qualifie d’“essentiel aux opérations militaires et devenu un champ de confrontation entre puissances”. A terme, l’armée de l’air sera donc renommée “armée de l’air et de l’espace”, symbolisant une réorganisation tant hiérarchique que stratégique de la part du gouvernement français. Bien que cette décision puisse paraître peu conventionnelle à certains, elle relève en réalité d’un projet en conception depuis plus d’un an, dès lors qu’Emmanuel Macron avait affirmé vouloir “doter la France d’une stratégie spatiale”. “Nous renforcerons notre connaissance de la situation spatiale, nous protégerons mieux nos satellites, y compris de manière active” a-t-il souligné, d’après le Figaro. Face à l’ampleur des dispositions d’arsenalisation prises par les différentes puissances mondiales, il apparaît clair que la France ne souhaite pas “rester inactive”.


L’ESPACE AU CŒUR DES ENJEUX DU MONDE CONTEMPORAINS

“Il n’est a priori nullement question de procéder à des attaques. Le droit international est d’ailleurs censé prohiber ce genre d’actions. En 1967, le Traité de l’espace a été promulgué en interdisant la mise en orbite d’armes de destruction massive. Toute manœuvre militaire, tout test d’arme et toute base militaire sont également proscrits”, nous rappelle Numerama.


Autrement dit, il ne devrait pas être question de “se défendre” au sein de l’espace, si celui-ci est un milieu appartenant à tout le monde. Les dispositions prises par les présidents américain, français et russe -mais aussi indien et Chinois, également engagés dans la production de missiles spatiaux-, témoignent d’une volonté unanime de passer à une défense offensive, soulevant ainsi un paradoxe quant aux législations qui régissent le milieu spatial. Selon Cirylle Duvivier, cette défense offensive est une “forme de réponse à un développement récent de l’espace. Ce n’était pas censé être un endroit de confrontations, mais il est en train de le devenir” explique-t-il à Numerama.


En outre, l’espace se trouve à présent au centre des innovations technologiques, scientifiques, militaires, et représente également par extension un enjeu social. Il demeure un milieu où chaque pôle de puissance espère affirmer sa suprématie. Nous percevons aujourd’hui le milieu spatial comme un nouveau théâtre où les rapports de force entre les grandes puissances s’expriment, et où les tensions semblent progressivement s’intensifier. Si les affrontements ne se font pas directement, les rivalités qui sévissent autour de la conquête spatiale et de cette course à l’armement moderne sont évidentes, et invitent à se questionner sur l’évolution de ces tensions grandissantes, à l’échelle internationale.


Il est légitime de se demander jusqu’où ira cette course à l’armement, et si ces conflits, de nos jours indirects, pourraient se concrétiser dans un avenir indéterminé, et ce, en dépit du fait que l’espace demeure aujourd’hui un « bien commun de l’Humanité ». Bien que notre connaissance du milieu spatial ait considérablement évolué lors des dernières décennies, les recherches n’en sont encore qu’à leurs premiers balbutiements, et il est encore trop tôt pour savoir jusqu’où ira la conquête spatiale que nous voyons se développer jour après jour.




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Iris Le Gal, rédactrice en chef France chez Décryptage Citoyen



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